Archives Mensuelles: décembre 2008

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Bien évidemment, j’arrive sur le bord du bassin toute trempée de la douche, et je frissonne. Le contact avec l’eau tiède ne fait qu’accentuer ma crispation, et mes seins certes se redressent, mais se rétractent aussi d’une bonne taille. Lunettes, bouchons d’oreilles. Parée. Je m’allonge alors dans l’eau, et telle une loutre ankylosée, je me faufile entre les lignes.

Starting-blocks.

Premières longueurs, tour de chauffe.

Mon dos proteste contre la cambrure imposée par la brasse, mais comme en automatique, mon souffle se cale sur ses temps, mes jambes se tendent, mes abdos pompent, mes épaules brassent, et je retrouve cette incompréhensible capacité de flottaison et de glisse, cet extraordinaire sentiment de légèreté et d’agilité…

Quatre, ça y est, mon corps est presque chaud, tous les indicateurs sont au vert, je peux passer la vitesse supérieure.

J’enclenche le pilote automatique. 20% de mon esprit se consacre à l’environnement immédiat : nombre de longueurs, choix de nage, nageur à doubler en ligne de mire, nageur à ne pas noyer en le doublant, nageur à laisser passer en évitant de se prendre des coups, semi-culbute de fin de longueur, et zou, on repart. Les 80% autres sont pour moi. Pour moi, et pour eux. Mais je suis la seule à en profiter.

Cinq, vitesse supérieure, crawl.

L’eau me paraît d’autant plus fraîche qu’elle contraste avec la chaleur de mes muscles. Tous ces recoins chauds et cachés du corps sont soudainement exposés à la fraîcheur, et je me délecte de la caresse de l’eau au creux des bras, de l’aine, des genoux… Le ventre plat, les jambes en stabilisateurs/propulseurs, les bras tendent vers l’avant et des rigoles d’eau cascadent le long de ma nuque au gré de l’alternance de mes mouvements. Et ce sont les lèvres de Jay qui ainsi me happent, me cajolent, me caressent, ce sont ses dents qui me mordillent si délicieusement, ses mains qui caressent mon ventre offert, glissant sur l’extérieur si sensible des hanches. Chaque mouvement ne fait qu’entretenir ce cercle vertueux de glissements et de frôlements, et mon corps se coule dans ce nuage de caresses.

Onze, demi-tour, dos.

Je m’abandonne au théorème d’Archimède, et c’est le corps de E. qui se plaque derrière moi, ses hanches imposant aux miennes cette retenue dans la cambrure convexe, ses doigts folâtrant sur mes seins balayés alternativement par l’air et par l’eau. Son souffle s’accélère dans mon cou, et instinctivement mon corps suit le rythme, accélérant encore la cadence…

Vingt-et-un.

Mes épaules tirent, mes abdos s’agripent, mes cuisses lancent. Récupération. Je reste quelques dizaines de secondes près du bord, l’esprit ivre, le corps en ébullition.

Brasse de nouveau. Doucement… Ce sont alors les mains de Kam qui se glissent entre mes cuisses, les pressant, les écartelant, la langue de Kam qui caresse mon sexe fluide grand offert à l’eau, les doigts de Kam qui encerclent ma taille avant d’égrener mes côtes et de venir couvrir mes seins qui se tendent telle une figure de proue.

Vingt-cinq.

Crawl/brasse/dos, j’alterne les mouvements, j’alterne la sollicitation des muscles et des articulations, j’alterne les caresses, et je me noie peu à peu dans la transe. Je ne sais plus trop à qui appartiennent ces mains sur l’arrondi de mes fesses, l’identité de ces corps qui s’immiscent entre mes battements de jambes. Amants du moment ou du passé, amants rêvés ou amants regrettés… Je ne sais pas, je ne sais plus… Mais quel serait l’intérêt de savoir ? Je nous / les laisse faire, et je profite…

Quarante-trois.

Ma main droite heurte de plus en plus fréquemment la ligne d’eau. Je suis au cœur d’un tourbillon de sensations, où le plaisir, le désir et la douleur s’entrelacent, les muscles luttant contre l’esprit, l’esprit meurtrissant les articulations, le souffle commençant à donner des signes de faiblesse. Les caresses ont cédé le pas à la lutte. L’esprit est en pleine guerre civile, l’eau s’est faite fuyante et pesante, les muscles se tétanisent devant cet ultime effort.

Cinquante.

Stop. La loutre ankylosée s’est fait loutre exsangue. Un recoin au calme, et étirer, étirer, étirer encore et toujours ce maudit mais si indispensable dos… Je flotte tel le grand lys, remerciant en esprit d’un dernier baiser immatériel ces mains et ces corps de tout ce plaisir.

Mes jambes tremblent en retrouvant l’apesanteur, alors que je me dirige vers la douche que j’espère brûlante.

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