Archives Mensuelles: mars 2009

Nous resterions là enchevêtrés, silencieux. Une tête tapie au creux de mes cuisses, l’autre enfouie dans mes longues boucles brunes. Et nous respirerions ensemble, tous les trois. Rêveurs. Sereins. Il y aurait cette sensation si contradictoire que laisse l’orgasme clitoridien dans son sillage, cette ambiguité insoluble entre libération nerveuse et exacerbation du corps. Sûrement, la pointe de mes seins serait toujours en quête d’une bouche, et sûrement mon épiderme se révèlerait rêche, de cette réaction qu’à parfois la peau lorsqu’elle se sent agressée mais surtout d’un seul coup abandonnée par ce toucher qui pourtant était absolu encore quelques instants plus tôt. La faim apaisée, la volupté alors pourrait enfin imposer son désir, ce désir là, au creux du ventre, ce feu qui couve, ce feu qui gronde, celui qui ne peut être éteint que par l’autre orgasme, celui qui emporte tout sur son passage, celui qui anéanti, l’orgasme vaginal. Ces quatre mains alors à nouveau se perdraient à travers mes courbes, parcourant alors monts et vallées, languissant dans leurs recoins préférés, les bouches et les dents y dédicaçant leur passage comme sur l’écorce des arbres et je serais complètement cernée.  Cernée et surtout perdue dans ce maelström de sensations. Quel corps sous moi et quel corps sur moi, à qui ces lèvres pour ce baiser sans fin, à qui ce sexe dressé contre le mien, à qui ces dents mordillant ma nuque, à qui ces doigts caressant cette jonction fatidique entre le ouatiné des cuisses, la chute des fesses et le sentier menant à l’interstice, cette frontière indicible où échouent toutes les errances, ces quelques centimètres carrés de peau qui font toute la différence. Qui, quand, quoi, comment, je ne saurais et ne voudrais surtout pas savoir. Eparpillée entre ces dix doigts, ces deux langues, ces centaines de milliers de cheveux, ces deux sexes reliés à ces deux corps, je serais perdue. Perdue, mais surtout, amnésique. Amnésique, et donc libre. Parce qu’enfin, j’aurais tout oublié. Tout. Mon identité. La leur. L’avant et l’après. Enfin, je ne serais plus que maintenant. Un maintenant éternel, sans barrières, sans pensées et sans contraintes. Un sexe alors se fraierait un passage à travers le mien, et c’est sûrement avec regret que je le sentirais glisser si facilement en moi, guidé sans que je puisse en saisir toute l’extraordinaire étrangeté et extériorité par le vallon détrempé qui le mènera au plus profond de mon corps.