Immobiles, nous nous émerveillerions de ce nouveau contact. Un instant, rien qu’un instant à savourer la découverte toujours renouvellée, toujours différente, toujours intrigante du sexe de l’autre. Mon sexe autour du sien, le sien figé au coeur du mien. Savourer cet emboîtement, dans toute sa familiarité et son étrangeté. Savourer ces quelques instant de (re)découverte. Savourer cette nouvelle et ultime connaissance du corps de l’autre. Je ne sais lequel des deux commencerait à bouger, mais très vite, je sentirais l’étincelle cliqueter au fond de mon ventre. Sûrement, mon pouls s’accélérerait encore. Sûrement, mon sexe, mes mains et mes cuisses agripperaient son corps dans cette vaine quête de la fusion physique. L’étincelle se ferait flammèche, attisée par ce sexe tapi au creux du mien, me guidant vers les vertiges des haut sommets, activant en moi cette miraculeuse spirale de l’ascension. Je sentirais alors son corps se mettre à vibrer en parallèle du mien, ses gestes se faire saccadés, chaotiques. A son tour, il deviendrait aveugle et amnésique, guidé uniquement par cette force brute de la spirale que mon sexe aura contribué à enclencher. J’entendrais aussi sûrement un autre souffle se faire plus rauque dans mon oreille. Un autre corps se plaquerait contre mon dos, supportant mes reins, deux mains ancrées à mes seins alors qu’un autre sexe battra la chamade contre mes fesses. Mes mains à moi partiraient alors à la recherche de ce troisième sexe, et le ramèneraient jusqu’à ma bouche. De son plaisir au contact de ma langue s’intensifierait alors encore le mien, et de mon plaisir ayant ainsi atteint encore un nouveau contrefort, le sexe palpitant en moi se ferait alors encore plus tendu et plus explosif. Je commencerais alors sûrement à jouir, le plaisir partagé avec l’un attisé par le plaisir offert à l’autre, lui-même poussé dans ses retranchements par le plaisir que nous lui renverrions. Le cercle vertueux du désir, qui s’échange et se nourrit du plaisir des uns des autres, le cercle vertueux du plaisir, où transmettre c’est recevoir en écho au centuple. Je commencerais alors à jouir pour de bon, de ce plaisir imprévisible, incontrôlable, infalsifiable. Mais à jouir de l’intérieur cette fois-ci. La flammèche aura laissé place à la vague qui se mettra à enfler dans mon ventre, cette immense vague qui, en se recroquevillant sur elle-même, laissera un sillage d’agonie avant de venir se fracasser à l’intérieur de tout mon corps, emportant tous les neurones sur son passage. Le tsunami hormonal. Une immense vague, suivie de 3 ou 4 répliques, noyant mon cerveau dans une intensité de plaisir qui me laisse toujours pantoise… Tout le miracle du sexe, ces sensations jamais acquises, toujours en suspension, miraculeuses de fragilité et de dévastation. Mon corps dans son intégralité serait alors parcouru de myriades de filaments incandescents, irradiant tous les pores de ma peau. Exsangue, drainée, noyée, perdue. Vierge de toute pensée, planant indéfiniment sur le palier supérieur du shoot. Nos trois corps étroitement soudés, nous glisserions dans la douceur de l’après. Nos souffles se ralentiraient, nos lèvres se blottiraient contre l’épiderme le plus proche. Black out. A mon réveil, une bonne quinzaine d’heures sans rêves plus tard, ils auraient tous deux disparus. Seuls les draps épars et notre odeur à tous trois témoigneraient à charge de notre nuit. En sirotant le premier café du matin et en mode automatique, je parcourrais alors rapidement les rss du monde. Pelotonnée dans un immense peignoir blanc, et avec pour seules armes le second café et la première cigarette, je m’attaquerais alors à la première des 15 heures de dépilage de “to do asap”.
NotaBene
Lui: Etonnant pour quelqu’un qui se repaît de littérature de l’imaginaire, de s’astreindre à n’écrire que le réel…
L: …